Les Deux Pigeons

FREDERICK ASHTON

Une musique spirituelle, délicate et sensible, telle est la première œuvre chorégraphique que signa le jeune André Messager (1853-1929), pour son ballet. Les Deux Pigeons, directement inspiré de la plus tendre des fables de La Fontaine. La première représentation à l’Opéra de Paris, le 18 octobre 1886, est une date dans les annales chorégraphiques, les répétitions ayant eu lieu pour la première fois au son d’un piano, non du violon habituel. André Massager pensait en effet – principe que Diaghilev érigera en dogme – que la valeur d’un ballet est étroitement liée à celle de la partition.
Sur une chorégraphie de Louis Mérante, le livret signé du poète Henry de Régnier transposait en Thessalie au XVIIIe siècle la tendre histoire de Gourouli et Pépio dont les amours sont un moment troublées par le passage d’une troupe de gitans. C’est encore dans cette version que le ballet fut donné pour la première fois à Londres, au début de la direction d’André Messager à Covent Garden, poste qu’il devait occuper de 1907 à 1914. Mais le Royal Ballet devait reprendre Les Deux Pigeons le 14 février 1961 : heureuse façon de célébrer la Saint-Valentin !

Cette nouvelle allégorie de l’amour triomphant était en fait une version assez différente de la première et c’est celle qui nous est présentée pour la première fois à Monte-Carlo.

Sir Frederick Ashton et John Lanchbery travaillèrent sur une véritable refonte de l’œuvre : l’action fut transposée au XiXe siècle pour être plus en accord avec le style de la partition et pour donner une ambiance « vie de bohême » en harmonie avec les décors et costumes de Jacques Dupont. Les deux protagonistes perdaient leur nom : ils devenaient le Jeune Homme et la Jeune Fille, pour en mieux accentuer l’allégorie et renforcer l’opposition de La Jeune Fille Rivale. La Gitane, que le Jeune Homme a voulu suivre. Suant à la partition, elle tint compte des coupures que Messager lui-même avait effectuées : la scène des retrouvailles fut récrite et l’on ajouta même un extrait de Véronique !

Sous cette forme, Les Deux Pigeons, demeurent l’aimable illustration chorégraphique et musicale de la morale de La Fontaine :
« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines !
Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau,
Tenez-vous lieu de tout, compter pour rien le reste … »


Chorégraphie : Frederick Ashton
Réglée par : Robert Mead
Musique : André Messager
Arrangement musical : John Lanchbery
Décors et costumes : Jacques Dupont

Avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la direction d’Ivan Anguélov