Mea Culpa (Ode au pardon)

SIDI LARBI CHERKAOUI

« Mea Culpa explore le monde que nos ancêtres et nos racines nous ont laissé en héritage.

Quels sont les fondements de notre civilisation actuelle ? Ce confort dont nous bénéficions aujourd’hui, transmis par nos parents et grands-parents, à quel prix a-t-il été acquis ? Cette réflexion m’a mené aux notions de division, de hiérarchie, de conquête, de colonisation, d'esclavage, d'asservissement de l’homme par l’homme, et de pollution. Quel est notre degré de responsabilité au regard des actes de ceux dont nous descendons ? Sommes-nous libres de leur choix ? Nos conceptions et modes de vie, même les plus sophistiqués, découlent aussi de ces violences anciennes, peut-être primales...

Je m’inspire, entre autres, de l'œuvre de l’artiste états-unien Fred Wilson, qui met en rapport l’art colonialiste et les sculptures de la renaissance.

La notion de servitude m’a toujours paru quasi indéfinissable ; dans certains cas, le maître sert autant l’esclave que l’esclave le maître. Cette ambiguïté m’a toujours frappé, d’autant plus que les rôles s’inversent à l’infini. Comme un jeu d’échecs, l’histoire de la hiérarchie se renverse en révolutions, en jeux de pouvoir, entre noir et blanc, entre roi et reine, entre passé et présent, entre parent et enfant, entre maître et serviteur… À quel moment ce sentiment de vouloir être utile aux autres se pervertit-il au point de se sentir utilisé ? À quel moment un sentiment de justice se transforme-t-il en sentiment de culpabilité ? Est-on esclave de nos désirs ou maître de notre corps ?

La musique de Heinrich Shütz (XVIIe siècle), interprétée par l’ensemble Akadêmia que dirige Françoise Lasserre, à cheval sur la Renaissance et le baroque, propose une trame dramaturgique assez similaire à celles de mes pièces précédentes : l’histoire du christianisme et l’inconscient collectif européen. Le scénographe Gilles Delmas et le créateur de lumières Dominique Drillot ont conçu un décor fait de lustres scintillants qui illuminent une terre crasseuse. Delmas empêche les images de se laisser enfermer dans des cages, des cadres ou des limites. La classe, l'élégance aristocratique, le raffinement et la facture artisanale caractérisent les costumes signés Karl Lagerfeld ; le noir et le blanc dominent, les époques se croisent et s’unissent dans une tenue intemporelle, qui transcende les modes. »

Sidi Larbi Cherkaoui


Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui
Assisté de Sri Louise et Nicolas Vladyslav
Musiques : Heinrich Schütz, Diomedes Cato, Ben Harper, Biagio Marini
Musique interprétée par l'Ensemble Akadêmia sous la direction de Françoise Lasserre
Costumes : Karl Lagerfeld
Scénographie et projections : Gilles Delmas
Lumières : Dominique Drillot

Création pour Les Ballets de Monte-Carlo
Première le 19 avril 2006