©Alice Blangero
Alexis Oliveira ©AB
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Anna Blackwell ©AB
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Massâcre

JEROEN VERBRUGGEN

Les musiciens et les chorégraphes en reviennent toujours au Sacre du Printemps de Stravinsky… Fasciné comme tant d’autres par cette musique, j’ai souhaité à mon tour me confronter à cette oeuvre monumentale. Je l’ai donc explorée dans ses moindres détails : les notes de la partition, ses rythmes, ses harmonies. Ces dernières sont parfois résolument jazzy, c’est ainsi que la version jazz proposée par « Bad plus » est devenue la musique la plus appropriée à mon projet. En essayant de ressentir au maximum et jusque dans mes entrailles cette nouvelle atmosphère, j’ai commencé à mettre en place un langage athlétique avec ses modèles et ses déclinaisons.

Contrairement à Nijinsky plaçant (jusqu’à l’obsession), le cercle au centre de sa réflexion, j’ai mis cette pièce dans une boîte carrée ! Les carrés et les rectangles suggèrent la rectitude, l’honnêteté. Les carrés me rappellent par ailleurs les notions de fondations (celles des maisons), de tracés (ceux des parcelles de terre ou des jardins) et de champs à ciel ouvert qui nous relient au divin. Les carrés nous parlent souvent de concepts matérialistes, de choses établies… Mais ils soulignent aussi la dualité présente dans tout ce qui nous entoure, ils nous offrent un cadre, un terrain où les opposés se confrontent et parfois s’équilibrent. En isolant les deux parties de la partition et en les attribuant aux danseurs puis aux danseuses, j’ai souhaité faire ressortir au sein de ces deux groupes les sentiments de violence, de passion et de convoitise qui les animent. Après tout, Le Sacre du Printemps ne parle que de ça.

Notre monde évolue rapidement. Nous sommes traversés par son rythme effréné, par son « anormalité », par sa furie qui nous presse, nous pousse à agir rapidement et à effectuer des choix parfois de manière quasi instinctive. Notre nature humaine nous amène à prendre des décisions, c’est ainsi… Cette prise de décision à laquelle nous ne pouvons échapper malgré un contexte chaotique m’amène à me poser une question liée au Sacre : lorsque nous désignons le faible et que nous le sacrifions pour nous purger de notre égoïsme éhonté, quel processus se met en place ? Est-ce une élection ou bien un sacrifice ? À quel moment l’âcreté de ce rituel quasi amoureux fait place au massacre ? La frontière est floue et à travers ce travail, j’ai essayé d’explorer comment nous flirtons avec ces limites, à quel moment nous nous situons en-deçà ou au-delà du cercle de notre histoire où poésie et violence s’affrontent.
Quand je pense à mon travail sur Le Sacre du Printemps, j’ai à l’esprit l’image d’une plume déchue trouvée dans les endroits les plus étonnants, comme l’évocation d’un geste d’amour d’un ange gardien survolant l’agitation de notre monde.

«L’espoir est une chose avec des plumes» Emily Dickinson

Jeroen Verbruggen


Chorégraphie : Jeroen Verbruggen
Scénographie : Jeroen Verbruggen
Costumes : Charlie Le Mindu
Lumières : Fabiana Piccioli
Musiques : The Rite of Spring, «Evocation of the Ancestors / Ritual Action of the Ancestors», The Bad Plus (2014)
Arrangement : Benjamin Magnin
Durée : 50 mn

Première le 19 juillet 2017, Salle Garnier de l’Opéra de Monte-Carlo
Création mondiale pour les Ballets de Monte-Carlo, pièce pour 8 danseurs et 7 danseuses