Karyn Benquet & Bernice Coppieters ©Marie-Laure Briane
Gaëtan Morlotti ©Marie-Laure Briane
©Marie-Laure Briane
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Karyn Benquet & Bernice Coppieters ©Marie-Laure Briane
Gaëtan Morlotti ©Marie-Laure Briane
©Marie-Laure Briane

Altro Canto II

J-Ch. Maillot

« Si Altro canto Part 1, en 2006, avait posé les jalons d'un rapport étroit entre musique et vibration sonore des corps en mouvement, Altro Canto Part 2 poursuit dans cette lignée sur un mode plus intime, avec pour ligne directrice le conflit angoissant de l'être humain aux prises avec ses propres fantasmes, ses propres doutes, et sa part d'inconnu. Sans pour autant l'appeler « inconscient », ni sombrer dans une réflexion qui serait pesante sur l'identité psychologique, Maillot met en lumière cette part obscure de notre esprit.
Gaëtan Morlotti incarne ainsi le véritable combat, pour ne pas dire agonie au sens de Balanchine, d'un homme jeté dans le monde, seul, démuni de tout prétexte, de tout artifice, qui lui voilerait en l'adoucissant sa liberté.

Or il ne faut pas s'y tromper : le propos de la pièce n'est pas de nous ramener vers des pensées sombres. Au contraire, par une scénographie étincelante d'énergie, un rythme allègrement soutenu, la personne seule provoque aussi des sentiments légers. Avec l'ombre de la personne, on voit se jouer la subtile mise en évidence des pensées insolites qui peuvent surgir du moi, mais sur un mode burlesque, aérien, et des clins d'oeil loufoques à tout ce qui nous échappe. Ce que Freud appelait « les actes manqués » prennent ici la forme des « idées perdues ». Aussi pense-t-on à tous les fantasmes qui nous habitent, et à leurs manifestations parfois comiques, sans que cette révélation dénonce quelque torture intérieure. Le ton est résolument, triomphalement ludique.

La musique de Bertrand Maillot soutient la danse en contraste, résonance subtile des aléas de l'âme. La chorégraphie est abstraite, si le mot a un sens, dans la mesure où jamais d'anecdote ne vient entraver ce voyage du spectateur vers l'altérité au sein même de sa conscience. L'histoire, au sens de Balanchine, c'est celle des corps entre eux, entre attraction et répulsion, et de la musique interne de la chair du danseur.

La gestuelle est tendue, vive, alerte. Sauf que par des stances inattendues, on est porté dans la dimension poétique d'une mise en abîme de soi : Bernice Coppieters, lumière lunaire, oscille délicatement entre ciel et terre, corps posé à terre et jambes en aérien balancement vers le haut. La gestuelle féminine est sensuelle, certes, mais d'une sensualité si éthérée qu'elle en devient presque hybride. Le voyage vers le mystère du désir est aussi celui vers les arcanes de l'art.
Une traversée volatile qui laisse une trace : la grâce d'un point d'interrogation. » Bérengère Alfort


Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot
Musique : Bertrand Maillot
Scénographie : Arnaud Rolland et Jean-Christophe Maillot
Lumières : Dominique Drillot et Jean-Christophe Maillot
Costumes : Jean-Michel Lainé et Jean-Christophe Maillot

Première le 30 juillet 2008, Terrasses du Casino de Monte-Carlo